Antoine Rabany (Français, 1844-1919), La fiancée
Lot 48 bis
Antoine Rabany (Français, 1844-1919)
La fiancée
Pierre volcanique.
Haut. 51 Larg. 28 Prof. 22 cm.
Provenance :
- atelier d’Antoine Rabany, Chambon-sur-Lac (Puy-de-Dôme), visible sur une vue stéréoscopique reproduite par Bruno Montpied ;
- collection particulière ;
- collection Georges Ousset (1923-2003), libraire à la Bible d’or, Toulouse, acquis dans les années 1960 ;
- par descendance, Haute-Garonne.
Bibliographie : Bruno Montpied, Les Barbus Müller : leur énigmatique sculpteur enfin démasqué, Genève, musée Barbier-Mueller, 2020, reproduit p. 36-37, fig. 7.
Un Barbu Müller féminin à Toulouse
Identifié dès 1908 par les spécialistes d’archéologie gauloise, le cultivateur Antoine Rabany, dit « le Zouave », expose ses sculptures en pierre volcanique à côté d'une cabane au bord d’un chemin, en lisière du village de Chambon-sur-Lac, dans le Puy-de-Dôme. « Il fabriquait pour les touristes des bonshommes en lave absolument semblables à ceux du baptistère et de l’église », rappelle L’Auvergnat de Paris du 3 février 1934. Léon Coutil décrit leur style, aisément reconnaissable, dans le Compte rendu de la quatrième session du Congrès préhistorique de France, publié à Chambéry en 1909 : « mesurant 20 cm à 40 cm et sculptés grossièrement : les yeux sont généralement très proéminents, les membres très sommairement indiqués ». Léon Coutil, qui a rencontré Rabany, précise : « il se donne beaucoup de mal pour les exécuter, ignorant absolument le modelage et la technique du travail sur pierre dure ».
En Auvergne, les pierres utilisées pour la sculpture ne sont pas en basalte, trop dur et réservé à la construction. Elles sont en trachyte lorsque leur aspect est clair avec des éclats, en trachyandésite lorsqu’il est sombre avec des éclats, et plus rarement en rhyolite lorsque la pierre est rose. Cette sculpture dont l'apparence est claire sur une photo ancienne a noircie avec le temps et serait donc en trachyte. Léon Coutil rappelle que ces pierres vendues 5 à 10 francs pièce se retrouvent ensuite via la plaque tournante de Murol à Clermont-Ferrand, à Évreux ou à Paris présentées comme d’authentiques pièces romanes. Les amateurs s’en entichent, tels le marchand et collectionneur parisien Charles Ratton ou le philanthrope Albert Barnes à Philadelphie. Pauline Goutain, conservatrice et directrice adjointe du musée d’art Roger-Quilliot de Clermont-Ferrand, a ainsi rappelé dans une récente exposition que deux sculptures de Rabany sont conservées à la Fondation Barnes, provenant du célèbre marchand Paul Guillaume, qui les aurait présentées au poète Guillaume Apollinaire en les croyant du IXe siècle.
Après le décès d’Antoine Rabany, son terrain est vendu aux enchères le 9 décembre 1928 et son souvenir se perd, jusqu’à ce que Jean Dubuffet s’intéresse à ces sculptures et leur consacre en 1947 un ouvrage-manifeste du Foyer de l’Art Brut, « Les Barbus Müller et autres pièces de la statuaire provinciale ». Il les baptise Barbus Müller en hommage au collectionneur suisse Joseph Müller, qui en avait acheté sept chez un antiquaire parisien avant la guerre, comme des « pierres de Vendée ». Il faut attendre 2018 pour que Bruno Montpied identifie à nouveau Antoine Rabany comme l’auteur de ces sculptures. Le condensé des différentes recherches sur le sujet est publié en 2020 dans le catalogue de l’exposition du musée Barbier-Mueller Les Barbus Müller : leur énigmatique sculpteur enfin démasqué. Deux paires de vues stéréoscopiques inédites lui attribuent désormais sans ambiguïté près de quarante sculptures, photographiées à Chambon-sur-Lac. Sur les 72 Barbus Müller recensés actuellement par le spécialiste, une grosse vingtaine seulement lui est rattachée de façon certaine, celle-ci étant la 28e ; la cinquantaine d’autres, aux qualités comparables, sont par convention seulement « attribuées à » Rabany.
Acquise dans les années 1960 par le libraire toulousain Georges Ousset, notre sculpture passait pour gauloise jusqu’à ce que l’universitaire breton Florian Blanchard la rapproche de l’une des deux photographies publiées par Montpied. Cette tête féminine de grande dimension, coiffée de fleurs, aux oreilles bien dessinées, aux lèvres lippues et à la poitrine formée était posée sur un socle chez Rabany. C’est l’une des plus grandes et des plus abouties de toutes les sculptures connues, ce qui fait de cette découverte un moment important de l’histoire de l’art brut et des Barbus Müller. Elle est dévoilée à l’occasion de la vente de la collection de Laurent Danchin, dont elle ne faisait pas partie, rendant un nouvel hommage aux génies bruts, et non savants, du bord des routes et des chemins.
Aymeric Rouillac
Lot 48 bis
Antoine Rabany (Français, 1844-1919)
La fiancée
Pierre volcanique.
Haut. 51 Larg. 28 Prof. 22 cm.
Provenance :
- atelier d’Antoine Rabany, Chambon-sur-Lac (Puy-de-Dôme), visible sur une vue stéréoscopique reproduite par Bruno Montpied ;
- collection particulière ;
- collection Georges Ousset (1923-2003), libraire à la Bible d’or, Toulouse, acquis dans les années 1960 ;
- par descendance, Haute-Garonne.
Bibliographie : Bruno Montpied, Les Barbus Müller : leur énigmatique sculpteur enfin démasqué, Genève, musée Barbier-Mueller, 2020, reproduit p. 36-37, fig. 7.
Un Barbu Müller féminin à Toulouse
Identifié dès 1908 par les spécialistes d’archéologie gauloise, le cultivateur Antoine Rabany, dit « le Zouave », expose ses sculptures en pierre volcanique à côté d'une cabane au bord d’un chemin, en lisière du village de Chambon-sur-Lac, dans le Puy-de-Dôme. « Il fabriquait pour les touristes des bonshommes en lave absolument semblables à ceux du baptistère et de l’église », rappelle L’Auvergnat de Paris du 3 février 1934. Léon Coutil décrit leur style, aisément reconnaissable, dans le Compte rendu de la quatrième session du Congrès préhistorique de France, publié à Chambéry en 1909 : « mesurant 20 cm à 40 cm et sculptés grossièrement : les yeux sont généralement très proéminents, les membres très sommairement indiqués ». Léon Coutil, qui a rencontré Rabany, précise : « il se donne beaucoup de mal pour les exécuter, ignorant absolument le modelage et la technique du travail sur pierre dure ».
En Auvergne, les pierres utilisées pour la sculpture ne sont pas en basalte, trop dur et réservé à la construction. Elles sont en trachyte lorsque leur aspect est clair avec des éclats, en trachyandésite lorsqu’il est sombre avec des éclats, et plus rarement en rhyolite lorsque la pierre est rose. Cette sculpture dont l'apparence est claire sur une photo ancienne a noircie avec le temps et serait donc en trachyte. Léon Coutil rappelle que ces pierres vendues 5 à 10 francs pièce se retrouvent ensuite via la plaque tournante de Murol à Clermont-Ferrand, à Évreux ou à Paris présentées comme d’authentiques pièces romanes. Les amateurs s’en entichent, tels le marchand et collectionneur parisien Charles Ratton ou le philanthrope Albert Barnes à Philadelphie. Pauline Goutain, conservatrice et directrice adjointe du musée d’art Roger-Quilliot de Clermont-Ferrand, a ainsi rappelé dans une récente exposition que deux sculptures de Rabany sont conservées à la Fondation Barnes, provenant du célèbre marchand Paul Guillaume, qui les aurait présentées au poète Guillaume Apollinaire en les croyant du IXe siècle.
Après le décès d’Antoine Rabany, son terrain est vendu aux enchères le 9 décembre 1928 et son souvenir se perd, jusqu’à ce que Jean Dubuffet s’intéresse à ces sculptures et leur consacre en 1947 un ouvrage-manifeste du Foyer de l’Art Brut, « Les Barbus Müller et autres pièces de la statuaire provinciale ». Il les baptise Barbus Müller en hommage au collectionneur suisse Joseph Müller, qui en avait acheté sept chez un antiquaire parisien avant la guerre, comme des « pierres de Vendée ». Il faut attendre 2018 pour que Bruno Montpied identifie à nouveau Antoine Rabany comme l’auteur de ces sculptures. Le condensé des différentes recherches sur le sujet est publié en 2020 dans le catalogue de l’exposition du musée Barbier-Mueller Les Barbus Müller : leur énigmatique sculpteur enfin démasqué. Deux paires de vues stéréoscopiques inédites lui attribuent désormais sans ambiguïté près de quarante sculptures, photographiées à Chambon-sur-Lac. Sur les 72 Barbus Müller recensés actuellement par le spécialiste, une grosse vingtaine seulement lui est rattachée de façon certaine, celle-ci étant la 28e ; la cinquantaine d’autres, aux qualités comparables, sont par convention seulement « attribuées à » Rabany.
Acquise dans les années 1960 par le libraire toulousain Georges Ousset, notre sculpture passait pour gauloise jusqu’à ce que l’universitaire breton Florian Blanchard la rapproche de l’une des deux photographies publiées par Montpied. Cette tête féminine de grande dimension, coiffée de fleurs, aux oreilles bien dessinées, aux lèvres lippues et à la poitrine formée était posée sur un socle chez Rabany. C’est l’une des plus grandes et des plus abouties de toutes les sculptures connues, ce qui fait de cette découverte un moment important de l’histoire de l’art brut et des Barbus Müller. Elle est dévoilée à l’occasion de la vente de la collection de Laurent Danchin, dont elle ne faisait pas partie, rendant un nouvel hommage aux génies bruts, et non savants, du bord des routes et des chemins.
Aymeric Rouillac